L'alimentation, c'est complexe !
N°42
Cela fait 18 ans environ que je suis diététicienne et que j’ai conscience de la complexité du comportement alimentaire, de la relation de chaque personne à l’alimentation, de la démarche de changement, des conditions pour avoir une “bonne” alimentation. Et c’est cette complexité qui rend aussi mon métier passionant !
Comprendre la complexité, cela prend du temps. c’est pour cela que je m’informe, je me forme, j’échange avec des collègues, je suis conférences et colloques.
Faire comprendre cette complexité, cela aussi prend du temps. Avoir le temps de parler, d’être comprise. Cela peut être le temps que je prends en consultation avec les patientes. Cela peut être aussi le temps médiatique. Qui a ses contraintes propres.
Cette semaine, j’ai été contactée par une journaliste pour l’émission Sens Public de Public Sénat pour parler de la malbouffe. Il s’est avéré qu’il s’agissait en particulier d’évoquer la polémique autour de l’enseigne Master Poulet. J’ai passé 20 mn à répondre à ses questions et lui expliquer différents aspects de ce sujet, notamment des points évoqués dans ma newsletter Bien manger sans se ruiner, qui peut ? . Au final, il reste moins d’1mn de notre échange dans l’émission, bye bye la complexité ! L’émission est visible ici. Heureusement, il y avait la brillante Nora Bouazzouni en plateau pour en remettre une dose mais j’ai quand même regretté l’amalgame permanent malbouffe/obésité/maladie, l‘éternelle confusion poids/santé…
De la même façon, j’ai été interviewée pour le magazine Elle sur les collations. Là encore, et c’est habituel avec les médias, il y a loin du propos initial (je peux être assez bavarde tant je suis passionnée !) à ce qui est retranscrit. Une gentille patiente m’a envoyé une copie de l’article et non seulement mon intervention est brève mais elle est complétée par d’autres propos qui ne me ravissent pas.. C’est le jeu de la liberté éditoriale ! Ca m’avait donné l’idée de compléter le sujet sur mon blog, là où, moi, je suis libre !
Parfois, on me donne davantage de ce temps nécessaire, par exemple, lors d’un long échange avec l’autrice Raphaëlle Giordano autour de la relation des femmes à leur corps, à l’alimentation, des régimes... Je vous le recommande si vous ne l’avez pas déjà regardé via mon partage Instagram.
Ces derniers jours, j’ai aussi entendu dans une émission un échange évoquant la complexité pour les gens d’aller vers une alimentation plus végétale. Ils ne sauraient pas comment faire, quoi manger, comment avoir les bons apports nutritionnels. Certes, cela ne peut pas se faire du jour ou lendemain et nécessite peut-être quelques informations mais ce n’est pas une complexité insurmontable. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais traité le sujet dans une “Masterclass” où je parlais des freins, des modalités pratiques, des bons apports…. (elle est toujours disponible).
Je le disais, la relation à l’alimettaon, cela a des dimensions multiples et c’est complexe. Refuser cette complexité, c’est aller vers les solutions qui paraissent simples et faciles. Actuellement, c’est, par exemple, aller vers les nouveaux médicaments “anti-obésité”, quand on est en situation de surpoids important. Je ne juge pas, certaines personnes souffrent beaucoup physiquement et mentalement d’un poids très inconfortable, et sont donc tentées d’aller vers ces traitements et d’y voir une solution un peu “magique”. Il est clair que le lobbying intense des labos pharmaceutiques (qui voit le très juteux marché que cela représente) rend cela séduisant. D’autant plus avec l’annonce du remboursement (en principe très encadré…). Mais de récentes études montrent la vitesse de reprise de poids. Car on ne prend pas le temps de comprendre et changer sa relation à l’alimentation. On en discutait récemment avec des collègues et on s’inquiétait de la perspective de voir arriver dans quelques mois ou années des patientes paniquées de reprendre du poids, comme on l’a observé dans de nombreux cas après une chirurgie bariatrique… Malheureusement, il n’est pas prévu, pour les mêmes personnes, de rembourser une prise en charge pluridisciplinaire qui serait hautement souhaitable…
Une histoire complexe est souvent présente dans les prises de poid importantes. J’ai vu quelquefois des personnes qui avaient beaucoup grossi parce qu’elles mangeaient trop, simplement par habitude. Mais c’est une situation très minoritaire. Il peut s’agir du yoyo des régimes, d’une relation émotionnelle à la nourriture menant à des compulsions, de l’hyperphagie. Mais aussi, parfois, de personnes qui ont subi des traumatismes. On parle ces derniers jours à juste titre des terribles et innombrables violences physiques ou sexuelles que subissent enfants et adolescents dans notre société. Il est fréquent que cela soit suivi de troubles alimentaires. Que ce soit par processus de dissociation, dégoût du corps, recherche d’anesthésie… Cela est forcément très complexe à traiter et ne se règle pas via un médicament…
Il est clair qu’on vit dans un monde où l’on cherche des réponses simples faciles, rapides. Alors que ce monde est vraiment complexe.
De votre côté, comment vivez-vous la complexité ?
Je suis Ariane Grumbach, diététicienne féministe et gourmande vous aidant à faire la paix avec la nourriture et avec votre corps. Consultations à Paris et en visio, ateliers en ligne. Voir www.arianegrumbach.com


C'est tellement comme tout, notre relation à l'alimentation.
On nous abreuve depuis notre plus jeune âge de norme/ normalité, de moyenne(s) alors qu'on est tous uniques.
Une question très complexe et captivante mais qui doit désespérer les gens à la recherche d'une solution "clé en mains", d'un remède miracle sans faire (trop) d'efforts, ou sans trop se remettre en question.
Là aussi un problème systémique.
Jai enfin fait la paix avec ma relation avec la nourriture...Mais jai aujourd'hui 78 ans!
Si je fais le bilan demain propre expérience cest le schéma classique : jeune gourmande, peu sportive ,mal conseillée par des parents pourtant très bien informés !
Jai commencé à la vingtaine à essayer tous les régimes en allant consulter les" experts" de l'amaigrissement, à noter je faisais une taille 40 pr 1m65...Parcours tristement caricatural: j'ai repris du poids à chaque fois, et à la pre-menopause je pensais 20 kgs de plus!!
Stigmatisée par mon entourage (tous des minces : ma mère, mon mari...)
Je me suis cachée sous des vêtements amples et jai réellement devoré , en cachette de mon mari , comme une alcoolique...
Jai consulté à l'époque une des "papes" du GROS
Javoue que l'essai ne fût pas du tout concluant...Je dois préciser que parallèlement je suivais une psychothérapie indispensable
Enfin , apres des gros chagrins, (décès de mon mari) jai changé de région, jai perdu près de 12kgs ss effort, aujourd'hui pour être positive (mieux vaut tard que jamais) j'accepte mon corps et la nourriture n'est plus un problème
Mon expérience est tout ce quil ne faut pas faire ...Merci pour votre nl Ariane et pour votre IG que je suis depuis très longtemps !